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Le Bocage vendéen respire grâce à l’agroalimentaire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par WEBMASTER TROOSPEANET   
Vendredi, 25 Février 2005 20:28

Cette terre d’agriculture et d’élevage a su trouver un débouché industriel avec des entreprises comme Fleury-Michon ou Arrivé. En cherchant à maîtriser la diversification de leurs activités, les Bocains entendent préserver leur histoire et leurs traditions.  Article paru dans le Monde

 
LA ROCHE-SUR-YON de notre correspondant : L’exploitation agricole est perchée à flanc de coteau, au lieudit Thiré, à Pouzauges. Elle est entourée de géraniums et d’oeillets d’Inde jaunes qui font contrepoint aux tournesols, plus bas, dans la vallée. Lorsque le temps est dégagé, "avec de bonnes jumelles", Claude Préau, cinquante et un ans, éleveur, dit apercevoir "le clocher de la cathédrale de Luçon". Ce matin-là, une légère brume, qui annonce une chaude journée, voile l’horizon et empêche de voir ce qui fut la "demeure" du cardinal de Richelieu. En contrebas, il distingue tout de même les toits des maisons de Chantonnay.

En cherchant bien, M. Préau pourrait peut-être même apercevoir la maison de Pierre Barouh, au Boupère. En effet, quand il n’est pas au Japon, au Brésil ou au Québec, le "chabadabadesque" auteur d’A Bicyclette (Yves Montand) vit ici une partie de l’année, à La Morvient, dans une maison qu’il a achetée avec ses tout premiers droits d’auteur, où une petite séquence d’Un homme et une femme a d’ailleurs été tournée. Car cet infatigable globe-trotteur revient toujours à ce Bocage "tellement secret" où il a ses racines, depuis qu’une famille l’a accueilli pendant l’Occupation, alors qu’il avait six ans.

Il y passera quatre ans. Le temps de s’enivrer "des parfums du Bocage", de faire ses humanités sur les bancs de l’école buissonnière davantage que sur ceux de l’établissement privé de Réaumur. Il apprendra "à poser des pièges à perdrix et à apprivoiser des pigeons". Quand, à la Libération, il rejoindra Levallois-Perret, où il avait passé ses premières années, c’est "imprégné par cette région comme du papier carbone", avec une besace remplie de mots de patois vendéen, quelques rudiments du jeu de palet, "sport" numéro un des Vendéens et, bien sûr, des Bocains. De ces derniers, il dit que ce sont "des gens ludiques, qui ont le sens de la fête", mais aussi "très travailleurs", attachés à leur terre, à leurs traditions, à leur histoire.

Au Puy-du-Fou, cette histoire mobilise une armée de 1 500 bénévoles, dont pas moins de 800 acteurs, pour chacune des représentations de la cinéscénie, reconstitution "historique" des guerres de Vendée pendant la Révolution. Dans ce petit monde-là, le tutoiement est autorisé. "Des gens de tous horizons, y compris au niveau de la sensibilité politique", assure Emmanuel de Villiers, frère du député (MPF) et directeur du Grand Parcours, une autre des attractions proposées au Puy-du-Fou.

Créé en 1978 par un jeune énarque de vingt-sept ans, Philippe de Villiers, le "son et lumière" du Puy-du-Fou, mais aussi le grand parc et les spectacles du stadium gallo-romain (la nouveauté) attireront en 2001, tout confondu, environ un million de personnes. A elle seule, la cinéscénie a enregistré six millions de spectateurs depuis sa création. Un incontestable succès.

Sa réputation, le Bocage l’a aussi, et surtout, bâtie dans l’agroalimentaire, gonflant ses effectifs pendant que l’agriculture perdait ses bras. Avec des entreprises de pointe comme Fleury-Michon ou Arrivé. Depuis sa création, en 1926, par Pierre Fleury et Gustave Michon, l’entreprise de charcuterie a pris du poids. Elle emploie aujourd’hui 3 300 salariés, pour la grande majorité issus du Bocage. "Mais les choses évoluent, note Raymond Doizon, originaire du Limousin, PDG de la filière charcuterie du groupe depuis vingt-cinq ans et responsable de la politique sociale dans l’entreprise. Il y a vingt ans, nous recrutions dans un rayon de 15 à 20 kilomètres au maximum. Aujourd’hui, il n’est pas rare que des gens viennent de 30 ou 40 kilomètres et fassent la route." Et M. Doizon de vanter aussi "le sens de l’intérêt général des salariés, leur souci du client, ce qui est un des traits de caractère des Vendéens".

Une analyse assez proche de celle de Danielle Arrivé. Elle est chargée du développement commercial et du marketing au sein de cette entreprise d’abattage et de transformation de volailles qui, en plus de ses sites actuels (Saint- Fulgent, Les Essarts et Chavagnes-en-Paillers), s’apprête à en construire deux autres dans l’année qui vient. Pour la fille du fondateur du groupe Arrivé, pas de doute : les 2 000 salariés employés dans le Bocage vendéen "sont très attachés à leur région" : d’ailleurs, l’entreprise recrute bien volontiers dans le vivier de main-d’oeuvre que constituent les familles de ses salariés. "C’est sans doute un peu culturel, mais ça nous paraît assez logique", dit-elle.

Ce pays tient à ce qu’il est, ou à ce qu’il a été. Ainsi a-t-il été relativement épargné par les campagnes successives de remembrement commencées dans la plaine dans les années 1950. Des géomètres seront d’ailleurs chassés de Saint-Fulgent à coups de fourche. Les parcelles du bocage finiront quand même par être restructurées, dix ans après. Difficile de toucher à la terre de ses parents : "Ils sont d’ici, dit M. Préau. Ceux de mon épouse aussi. Je ne me souviens pas avoir entendu dire qu’il y ait eu des migrations." A part peut-être un oncle, parti s’installer dans la plaine, et encore : "Il a vite été catalogué de catholique et de droite", se souvient l’éleveur. Pourquoi s’en aller alors, quitter son berceau ? Une seule raison, "économique", aurait pu contraindre M. Préau à changer d’air. Car, pour lui, "quelqu’un qui a travaillé dans le bocage peut travailler partout ailleurs".

Installé en groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) avec quatre membres de sa famille, dont son épouse, Maryvonne, il a longtemps élevé des charolaises, avant de se tourner vers la blonde d’Aquitaine et d’entamer une diversification de sa production après la première crise bovine. Une diversification insolite, puisqu’il s’est orienté vers l’activité de pépiniériste. "Ce n’est pas sorcier, assure-t-il, et surtout c’est très complémentaire de notre activité d’éleveur." Comme beaucoup de ses collègues, il aurait pourtant pu opter pour un hors-sol. Mais l’aspect environnemental et la lourdeur des investissements l’ont fait reculer. Aucun regret. Les plants (lauriers, troènes, acacias, rosiers, etc.) se vendent bien. M. Préau, à Thiré, sur les versants du bocage, pourra continuer à "prendre son pied, le matin, en allant voir les vaches au pré".

Bloc-notes La Vie passionnée de Clemenceau, de Gilbert Prouteau. Ed. Bartillat, collection "Terroirs de France", 1987, 346 p., 100 F (15,24 €). La Vendée : le pays des hommes, de Jean Renard et Alain Chauvet. Ed. Cercle d’or, 1978, 260 p., 55 F (8,38 €). Vendetta en Vendée, de Jacques Syreigeol. Ed. Gallimard, collection "Série noire", no 2220, 1990, 192 p., 43 F (6,55 €). Le Patrimoine des communes de Vendée, ouvrage collectif, 2 tomes. Ed. Flohic, 420 F (64,02 €). Vendée, balades aériennes, photos de Michel Bernard et Jean-Loïc Le Quellec. Ed. Patrimoines Médias, 2000, 320 p., 298 F (45,42 €). Vendée partie nord. Ed. IGN, CD-ROM, collection "Carto exploreur", 229 F (34,90 €). Le Souffle bleu, itinéraire d’un jeune paysan vendéen, de Louis-Marie Barbarit, Geste Editions, collection "Témoignage", 2000, 272 p., 120 F (18,29 €). Le Malaise paysan, de Jean Yole. Essai publié par le Centre vendéen des recherches historiques, 1998, 524 p., 120 F (18,29 €). Gens de Vendée, quatre romans, dont Les Mouchoirs rouges de Cholet, de Michel Ragon, et Monsieur de Lourdines, d’Alphonse de Chateaubriand., Ed. Omnibus, 1996, 1 143 p., 155 F (23,62 €).

Mise à jour le Samedi, 19 Septembre 2009 20:29
 

Commentaires

avatar Alain
+12457
 
 
Hélas, l'agroalimentaire fera les mêmes dégâts qu'en Bretagne selon une équation connue. Contractualisation des firmes agro avec des exploitants, peu autonomes quant aux choix et modes de production. A terme, une profifération d'élevages de porcs et de volailles en hors sol, profusion de lisier à épandre pour la quasi mono culture du maïs, seule plante à même de "digérer" le lisier pollueur des bassins versants (la dépollution des nappes coûtera cher au contribuable vendéen!)et hélas trop bien subventionnée par la PAC. Le maïs étant un gros consommateur d'eau, il servira d'aliment de base aux élevages, fermant ainsi la boucle.
A noter, l'agroalimentaire ne pourvoit guère que des emplois peu qualifiés, le travail à la chaîne y est important et fait dépendre le sort de nombreux agriculteurs se lançant dans l'aventure du hors sol, face à des coûts non garantis et fluctuants. Agroalimentaire et transport routier, voilà désormais le fleuron du bocage vendéen, les deux polluants, n'offrant pas d'emplois qualifiés et à même de peser par lobbying sur les politiques locales bocaines. On peut rêver mieux.
lundi 25 juillet 2005, 16:35
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