Home Patois ou parlange Poitevin vs saintongeais ? Unité linguistique Vendée Poitou Charente
Unité linguistique Vendée Poitou Charente PDF Imprimer Envoyer
Écrit par WEBMASTER TROOSPEANET   
Mercredi, 14 Mai 2008 20:07

Mon objectif ici est de montrer qu’il existe d’autres témoignages, diamétralement opposés. Et que la conscience linguistique populaire peut parfois faire le constat d’une unité linguistique régionale (au moins partielle, mais bien plus large que celle qu’on imagine habituellement).

Je présenterai ici trois témoignages recueillis par moi-même dans la portion sud-orientale du Poitou (Civraisien en sud Vienne, et Ruffécois en Charente poitevine au nord-ouest de la Charente).

Les trois témoins sont locuteurs du poitevin sud-oriental (Civraisien ou Ruffécois), qu’ils utilisent d’une manière plus ou moins francisée selon les circonstances (Les témoignages recueillis sont ici transcrits tels que je les ai enregistrés, dans une langue qui hésitait ces jours là, et à ces moments là de l’interview, entre le français régional et le poitevin).

Ils s’expriment sur le parler poitevin des Vendéens (bas poitevins), de l’extrême ouest du Poitou donc, le comparant à leur propre parler poitevin sud-oriental.

L’intérêt du choix de ces trois témoins est multiple : 

  • ayant exercé les professions de cantonnier, femme de ménage, et agriculteur, ils donnent bien à entendre une conscience populaire, 
  • locuteurs de poitevin, ils parlent de quelque chose qu’ils connaissent réellement, 
  •  vivant dans une zone ou les migrants vendéens venus s’installer (durant toute la première moitié du XXème et le début de la seconde moitié du XXème) sont nombreux, ils ont tous les trois été en contacts avec des vendéens, et peuvent donc s’exprimer en connaissance de cause à propos de leur parler, 
  • en outre leur connaissance des vendéens et de leur parler est rendue encore plus grande par le fait que l’un des témoins est issu de parents vendéens, et qu’un autre, phénomène exceptionnel, a été vivre quelques temps en Vendée, 
  •  vivant en Poitou sud oriental (Civraisien, Ruffécois) ils sont proches de la zone occitane limousine (Confolentais = Charente limousine : en nord est Charente, région de Pressac-Availles-Limouzine = Vienne limousine : en sud Vienne), zone à propos du parler de laquelle ils pourront tout les trois s’exprimer, ce qui, par contraste, éclairera mieux leur discours sur le parler des Vendéens.
  • Ces caractéristiques sont à vrai dire peut être la raison même du constat qu’il feront, comme on le verra, de l’existence d’une unité linguistique Vendée / Poitou sud-oriental. Car, pour être à même de prendre conscience d’une unité linguistique, il faut avoir eu l’occasion d’entre prendre la mesure in situ (d’où l’intérêt de leur contact particulier avec les vendéens), et aussi de la comparer à une altérité plus grande (d’où l’intérêt de leur voisinage avec la zone occitane limousine du Confolentais et de la région de Pressac-Availles-Limouzine). De là le caractère peut-être peu commun de ces témoignages (ou en tout cas peu connu) ; de là aussi leur intérêt.

Témoignage d’un locuteur de poitevin sud oriental à propos du parler des migrants vendéens :

Né en 1900 à Saint-Pierre-d’Exideuil (Civraisien en sud Vienne), commune à proximité de laquelle il résidait encore au moment de l’enquête, cantonnier à la retraite, écoutons le comparer son parler poitevin sud-oriental du Civraisien au parler des migrants vendéens :
- « Ba, souvent o n’a qui venaient d’un aute pays. Is [=ils] venaient... Pendant un moment là, y avait là tout un tas de vendéens, i [=je] me rappelle. » « Les vendéens o retire [cela ressemble] un peu à note patois [...] Ha bin, ol est [c’est] presque le minme [=le même]. I ai été [=je suis allé] avec des vendéens, moi. Le donont [=ils donnent] un accent un petit peu... peut être pu prononcé, pas bien pareil ! Mais c’est les minmes [=mêmes] choses. »

Laissons le maintenant s’exprimer sur le parler de ses voisins occitans limousins. D’abords celui de langue mixte, intermédiaire entre oc (limousin) et oïl (poitevin) : c’est-à-dire le parler de Pressac (commune de Vienne limousine limitrophe du Civraisien). Puis celui de l’intérieur du « Limousin » de langue vraiment limousine.

« Mais... coume i te dis [= comme je te dis], t’as qu’a aller du côté de Pressac. Et bin le causont [=ils parlent] déjà pas coume nous-autes [=comme nous] là. [...] Et quant que tu vas su le Limousin là, l’ont [=ils ont] une langue... eux [...] Tu comprends pas ce que le [=ce qu’ils] te disent, les limousins. [...] I ai été aéc [=je suis allé avec] des Limousins moi. Bin quant l’étiont [ils étaient] ensembles i [=je] comprenais que dale. Comme les bretons. [...] Les vendéens eux ol est [=c’est] comme nous-autes. [...] Ha la... si, l’ont [=ils ont] un accent un petit peu. Mais enfin ça resemble à note, à note langue les vendéens. »

Témoignage d’une locutrice de poitevin sud oriental ayant été vivre en Vendée :

Née en 1912 à Chatain (Civraisien en sud Vienne), où elle résidait encore au moment de l’enquête, femme de ménage et agricultrice en retraite, elle va elle aussi comparer son parler poitevin sud-oriental du Civraisien au parler des migrants vendéens. Mais son témoignage aura deux autres caractéristiques intéressantes : elle est allée vivre trois ans en Vendée lorsqu’elle était jeune fille (rare exemple de migration inverse), et a donc pu être en contact in situ avec le parler poitevin de Vendée, le poitevin qu’elle utilise est celui du centre-sud de la commune de Chatain d’où elle est originaire. Or il s’agit d’un poitevin à fort substrat occitan (Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier « eu » (rarement « u ») avant consonne, et « v’ » avant voyelle, au lieu du poitevin habituel « le » avant consonne et « l’ » avant voyelle ; « ègue » pour dire « eau » au lieu du poitevin et saintongeais « ève » habituel »...), à bien des égards assez différent des autres parlers poitevins et même différent du poitevin du reste du sud Civraisien... Connaître la position d’une locutrice d’une telle variante « périphérique » de poitevin quand aux affinités de son parler avec celui de la Vendée n’est pas le moindre des intérêts d’un tel témoignage...

Écoutons la justement comparer son parler poitevin sud-oriental du Civraisien (de Chatain : à fort substrat occitan) avec le poitevin de Vendée :
- (enquêteur) : « Et après, v’avez été [=vous êtes allé]... ? »
- (informatrice)  : « [...] en Vendée, à La Roche-sur-Yon, trois ans. [...] Et pi après, en quarente, pendant la guerre, i sé [=je suis] revenue. [...] Pi i me sé [=puis je me suis] mariée. Pi me velà à S. [hameau de la commune de chatain] o y a [=il y a] bintôt quarante ans. »
- (enquêteur) : « Ba, le deviont pas causer coume vous, à la Roche-sur-Yon quant minme ? [=Et bien, ils ne devaient pas parler comme vous à La Roche-sur-Yon tout de même ?] »
- (informatrice)  : « Bé leur patois ressemble au nôte, i [=je] le comprends bien. Vrai, le pa... ol est [=c’est] pas le minme [=même]. Mais on le conprend bien. Y a même la mère X. à Chatain là, ale [=elle] est de Vendée, sais pas quel coin, mais enfin ale [=elle] est de Vendée. Et bin i [=je] comprendrais son patois. On comprend bien son patois. D’abord ol est [=c’est] tout le Poitou tout ça ! [...] C’est vrai c’est le Poitou. La Vendée c’est du Poitou. La Vienne... et tout queu [=ce] coin. D’ailleurs les marais poitevins o [=ça] va su les Deux-Sèvres et jusqu’en Vendée. »

Voici, quelques années après, le renouvellement de son témoignage sur le poitevin de Vendée, accompagné de son avis sur le parler de ses voisins occitans limousins. D’abords celui de langue mixte, intermédiaire entre oc (limousin) et oïl (poitevin) : c’est-à-dire le parler d’Alloue et de Benest (communes du Confolentais en Charente limousine mais très proches de Chatain : Benest est même limitrophe de Chatain). Puis celui de langue vraiment limousine, de Confolens au cœur de la Charente limousine.

- (enquêteur) : « Vous avez été en Vendée, vous, je crois, travailler ? »
- (informatrice)  : « à La Roche-sur-Yon. [...] Y a des fois j’allais au marché, pi y en avait des vieilles qu’avaient leur petit paquet de choux, tout ça. Je leur causais, paceque j’étais jeune moi aussi à ce moment là, ça m’amusait de les entende dire leur patois. »
- (enquêteur) : « Ah oui ! Ça ressemble, hein ? »
- (informatrice)  : « Ça ressemble oui. C’est pas tout pareil, mais ça ressemble, on le comprend bien. Celui qui connaît le patois là, connaît le patois de là-bas. »
- (enquêteur) « Alors que...Et ça serait pu différent à La Roche-sur-Yon, d’ici, ou à Alloue ? »
- (informatrice)  : « Ah ! à Alloue, oui, c’est bien plus différent. »
(enquêteur) : « Benest aussi p’t-être ? »
- (informatrice)  : « Ça commence à Benest. C’est là que ça commence, et c’est pas loin de chez nous. [...] Ça commence, et à Confolens don ! [...] Les vieux là-bas, vous pouvez toujours courir quand i sont après causer [=quand ils sont en train de parler] on les comprend pas. »

Témoignage d’un locuteur de poitevin sud oriental issu de parents migrants vendéens :

Né en 1921 à Saint-Maurice-leGirard (Vendée), il est arrivé en Charente avec ses parents à l’age de deux ans. Il réside depuis l’age de neuf ans dans la commune de Poursac (Ruffécis en Charente poitevine), commune dont il a appris le parler dont il use d’ailleurs au quotidien. Il va lui aussi comparer son parler poitevin sud-oriental (du Ruffécois) au parler des migrants vendéens. Mais son témoignage aura deux autres caractéristiques intéressantes : 

  •  étant né en Vendée de parents vendéens, et retournant fréquemment voir le reste de sa famille en Vendée, il a donc pu être en contact intime avec le parler poitevin de Vendée, 
  •   le poitevin qu’il utilise est celui de Poursac. Or il s’agit, comme celui de l’informatrice précédente, d’un poitevin à fort substrat occitan (Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier « eu » ou « u » avant consonne, et « eul » ou « ul » avant voyelle, au lieu du poitevin habituel « le » avant consonne et « l’ » avant voyelle, « ègue » pour dire « eau » au lieu du poitevin et saintongeais « ève » habituel »...), à bien des égards assez différent des autres parlers poitevins et même différent du poitevin du reste du nord Ruffécois... Connaître la position d’un locuteur d’une telle variante « périphérique » de poitevin quand aux affinités de son parler avec celui de la Vendée est là encore des plus intéressants...

Écoutons le d’abords s’exprimer sur le parler de ses voisins occitans limousins, de Roumazières-Loubert et de Chasseneuil-sur-Bonnieure (deux localités du Confolentais en Charente limousine situées non loin du Ruffécois).
- (enquêteur) : « Mais ol est [=c’est] pas pareil que Chasseneuil ? »
- (informateur)  : « Ah non ! pas du tout. Is [=ils] ont un accent un peu du midi eux. Chasseneuil qu’est à vingt kilomètres et quelques de là... »
- (enquêteur) : « Ol est [=c’est] pareil, pareil que Roumazières ? [à Chasseneuil] »
- (informateur)  : « Oui, oui, si le causont [=si ils parlent] le patois o [=on] le comprend pas. » Écoutons le ensuite comparer son parler poitevin sud-oriental du Ruffécois (de Poursac : à fort substrat occitan) avec le poitevin de Vendée :
- (enquêteur) : « Vos parents le deviont [=ils ne devaient] pas causer comme là ? »
- (informateur)  : « Oh ! c’est le minme [=même] patois, pareil. »
- (enquêteur) : « Le patois de la Vendée ? »
- (informateur)  : « Oh ! oui, l’a pas d’écart [=il n’a pas de différence]. Le ressembe putot [=il ressemble plutôt], quéssion d’accent, à la Vienne. L’accent de la Vienne à peu près. »
- (enquêteur) : « Mais pareil que là finalement... »
- (informateur)  : « Oui, oui. Minme patois. Oh ! bé tout le Poitou-Charentes [...] tout le Poitou. Enfin la Vendée, le minme accent que la Vienne, pareil [...] Moi i y ai été [=je suis allé], o y a combin [=il y a combien], deux mois qu’i y ai été [=que j’y suis allé], avec mon neveu là bas [en Vendée]. B’b’, ol est [=c’est] le minme [=même], minme patois. »

Conclusion et témoignages relatifs au saintongeais :

En conclusion nous pourrons dire que mes trois informateurs sont unanimes pour affirmer :

  • la difficulté de l’intercompréhension avec les tout proches voisins de la zone occitane limousine (Confolentais = Charente limousine : en nord est Charente, région de Pressac-Availles-Limouzine = Vienne limousine : en sud Vienne), 
  • la ressemblance étroite des parlers vendéens avec leur parler poitevin sud oriental (du Civraisien en sud Vienne, et du Ruffécois en Charente poitevine). En outre ce constat se double de deux autres aspects intéressants : 
  • l’utilisation du mot « langue » par mon premier informateur pour désigner son propre parler poitevin, 
  • la même conscience, chez mes deux derniers informateurs, de l’appartenance à un même ensemble historique et culturel : « D’abord ol est tout le Poitou tout ça ! », « La Vendée c’est du Poitou. », 
  • l’élargissement, chez mon dernier informateur, du constat d’unité linguistique Poitou sud oriental (Ruffécois) / ouest Poitou (Vendée), à tout l’espace linguistique poitevin et saintongeais : « Oui, oui. Minme patois. Oh ! bé tout le Poitou-Charentes [...]. »

On remarquera toutefois que si ce constat montre bien l’existence d’une conscience populaire d’une certaine unité linguistique régionale, elle se limite pour deux des informateurs à une conscience d’une unité linguistique entre ouest Poitou (Vendée) et Poitou sud-oriental (Civraisien et Ruffécois). Elle n’est donc que partielle, sauf, comme je l’ai signalé ci-dessus, pour le troisième informateur.

En outre de tels témoignages ne sont pas le lot commun. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de recueillir des témoignages issus du même secteur (Ruffécois), et qui l’un montre une conscience d’une différence interne au poitevin sud oriental, entre poitevin du Ruffécois occidental et poitevin du Ruffécois oriental ; et les deux autres montrent la conscience d’une différence entre poitevin sud oriental et saintongeais.

Pourtant, sur ce dernier sujet, là encore peuvent être recueillis des témoignages diamétralement opposés, et allant dans le sens d’une conscience de l’unité linguistique poitevin sud oriental / saintongeais.

C’est ainsi qu’en 2008 il m’a été donné de recueillir le témoignage d’une personne native de la commune des Gours (Ruffécois en nord Charente), vivant en Gironde saintongeaise (Pays gabaye du nord Gironde) où elle était mariée avec un autochtone. Elle me déclara : « Le gabaye [parler saintongeais du nord Gironde] c’est la même chose que le charentais ! » Or, après vérification auprès d’elle, je sus que ce qu’elle nommait « charentais », c’était son parler familial, celui de la commune des Gours en Charente poitevine du Ruffécois... donc le poitevin sud oriental ! Pour elle, poitevin sud oriental de Charente poitevine et parler gabaye de Gironde saintongeaise formaient un tout...

Dans le même genre d’idée, malgré une multitude de constats privilégiant les différences locales (saintongeais, poitevin) ou micro locales (vendéen, gabaye...), j’ai entendu dire également ces phrases (années 2008 et 2007, retranscrites de mémoire donc aproximativement), qui elles privilégiaient l’unité : 

  •  en sud Saintonge : « La différence entre le poitevin et le saintongeais, c’est comme celle entre chez nous [saintongeais] et le gabaye [saintongeais de Gironde]. »,
  •   en Gironde saintongeaise : « Chez nous c’est le charentais. Ba, les Charentes, le Poitou, c’est la même chose tout ça. »

En conclusion nous pourrons dire que la conscience linguistique populaire ne verse pas uniquement dans une vision locale ou micro locale des phénomènes linguistiques. Bien plus clairvoyante qu’on ne le croit parfois, elle peut aussi faire des constat d’une unité linguistique bien plus large, du type ouest Poitou (Vendée) / Poitou sud-oriental (Civraisien et Ruffécois), ou encore du type Poitou sud-oriental (Ruffécois) / Saintonge (Gironde saintongeaise incluse), voir même concernant l’ensemble du domaine linguistique poitevin et saintongeais.

Eric NOWAK

Mise à jour le Samedi, 19 Septembre 2009 20:11
 

Commentaires

Merci de vous identifier pour poster un commentaire ou une réponse.
EN COURS
FINI
ECHEC

Qui est en ligne ?

   Nous avons 61 invités en ligne

Derniers commentaires

GAUVRIT: https://youtu.be/C4bvO6R0UWY...[lire la suite] >>>
GAUVRIT: Bonjour, je m'appelle Christian et voilà, ce que ...[lire la suite] >>>
armandeb: Merci pour toutes vos précisions fort intéressan...[lire la suite] >>>
armandeb: Vient de paraître le 1er tome d'une trilogie grap...[lire la suite] >>>
Bogdan: Je ne suis pas sur de faire avancer le schmilblick...[lire la suite] >>>